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samedi 7 février 2015

Lambeaux de verre

À l’aise dans son fauteuil, Smith tenait sa flûte à champagne comme on tient une épée, fièrement et redoutablement. Il battait tout le monde en ingestion de champagne. Il le buvait délicatement, mais sans faire un nombre incalculable de manières, et tout en gardant une dignité maîtrisée, virile et à la fois si raffinée. Cependant, l’évènement suivant le mit en incapacité de le boire ainsi, voire de le boire tout court. Fâcheux, mais réel.

Pour une raison inconnue, le ferry bascula. C’est alors que Smith, qui s’apprêtait à s’humecter les lèvres du nectar sacré – pour un être humain normalement constitué – qu’est le champagne, s’aperçut que sa flûte commençait à se fêler verticalement, comme si un objet au poids considérable – et à la lenteur exagérée, au vu du temps qu’elle mit à se briser en fins lambeaux de verre – l’eût frappée de front. Smith s’écria alors « Mais le verre n’a rien cogné, c’est absurde ! », avant d’amorcer un éclat de rire tout aussi distingué que sa chemise et sa cravate, toutes deux en soie fine. Son valet, pris d’un élan de sympathie, voulut le prévenir, et il aurait fallu qu’il le prévînt quelque peu plus tôt.

Un lambeau de verre humecté de champagne entra dans la digne bouche de Smith, lui raya violemment le palais, avant de ressortir de l’autre côté de son crâne. On vous épargnera le fabuleux voyage à travers la glande pinéale, et l’arrachement d’un bout de cervelle ainsi que son atterrissage poignant dans une plante verte[1].


lundi 21 avril 2014

Un martyr océanique

Pouah !
Ce goût âcre, bien crissant dans la gorge, bien brûlant comme il faut malgré sa froideur : l'eau de l'océan. J'ai dû choper quelques planctons au passage.

Tout n'est pas que rose pour les héros ! J'en suis la preuve.

Mais reprenons. Pas n'importe quel océan : un océan dont je ne connais rien et dans lequel ma présence n'est due qu'à l'absence de pitié de la part de mon créateur. Je dis que c'est mon créateur, car il peut me manipuler, mais en vrai je ne vous cacherai pas que je naquis de moi-même à l'intérieur de sa tête. Je ne sais ce qui lui a pris de m'envoyer là.
Je suis sûrement sur une planète océanique errante, en plus. Lui qui aime tant ces idées de voyage spatial transpose ses désirs sur bibi, bah oui, logiquement. Zut, ma vulgarité reprend le dessus alors que je voulais décrire en live mes émotions pour bien faire sentir à mon créateur (rappelez-vous ce que je vous ai dit ci-haut, mais n'en dites rien) qu'il fit preuve d'impunité en m'envoyant là-haut. Quoique...

Ça change, en vrai. Euh, en fait. Euh, malgré la froideur et l'aspect désagréable premiers de l'océan.
Je me retrouve face à de la lumière. Beaucoup de lumière. Je suis sur une planète océanique tournant autour d'une naine rouge, j'ai intérêt à profiter du spectacle car ce n'est pas tous les jours que je peux en voir, moi, des naines rouges. Eh oui, je suis un personnage lambda fainéant. Enfin, je suis le personnage lambda, quoi.

Je n'aurais pas dû crier pouah tout à l'heure, une quantité plus imposante d'eau salée en a profité pour s'incruster dans mon organisme et pèse à présent sur mon estomac. Une remontée en surface ne serait pas de refus ; espérons que cette planète errante ait une atmosphère terrestre et me permette de choper un peu d'oxygène.
Je suis attaché. Il fallait s'y attendre. Les mains, welly, pas de souci, ça peut faire partie d'un délire bizarre de mon créateur. En fait, les pieds aussi. Zut-au-berger ! Wouhou ! Quelqu'un ? J'évite de crier, bien sûr, mais je sens que je vais m'arrêter de respirer. Ça la fout mal. Euh, je veux dire, diantre, je vais décé... oh et puis flûte alors, non mais ça va quoi, j'ai le droit d'être vulgaire et puis c'est tout, en plus je crois que je vais caner dans pas longtemps.

Ça doit vous soûler, ou alors vous souhaitez que je meure. Sadiques que vous êtes ! Au pire, je ressusciterai.
Oh, cette lumière ! De plus en plus vive. Un peu de chaleur, mh, que de bonheur.

Mes pieds se délient. Il fallait s'y attendre, je ne pouvais pas mourir ainsi.
La remontée fut un supplice. Oh, j'admets que j'exagère un tout petit peu, il n'y eut pas de quoi crier de douleur non plus, mais un peu quand même, un tout-tout petit peu.

Rhaaa ! Orgasme des poumons. Je ne savais pas que c'était possible, avant d'être embarqué là-dedans.

Mais...
Rhaaa ! De douleur, cette fois. Comment décrire ce qu'il m'arrive ? Le verbe fondre est le plus adapté. Oui, je fonds. Mais pas vraiment. Comment dire ? Moui, disons que je fonds. Bon, allez, je me lance : c'est plus complexe qu'une fusion. Comme si... comme si... oui ! Comme si je me sublimais.

Oui, je me sublime. Oui, je sais. Où est la logique ? Mais je le sens, je deviens gazeux. Un gaz ionique plus précisément. Je ne cherche même pas à savoir si c'est scientifiquement possible, ni si ça peut avoir une logique, en fait. Je ne cherche même plus à comprendre mon créateur (rappelez-vous de ce que je vous ai dit, toujours discrètement bien entendu), m'est avis que lui seul peut se comprendre (mais chut), un peu comme moi en réalité.

Réalité ? Le mot réalité m'est venu ? Comment ? Je ne sais, mais... ce n'est pas la réalité. Ni même l'irréalité. Ni un rêve.
Cette scène n'existe pas, tout comme mon moi présent n'existe pas ! Ou alors je... , stop, un peu ! Un gaz n'est-il pas censé se diluer dans l'atmosphère, au lieu d'aller dans l'océan ?

Mon âme seule subsiste, mon corps a disparu. C'est malin, j'étais si beau... et orgueilleux (et fier de l'être !), mais surtout, que va-t-il se passer, c'est cela la question ! Car, comme vous en êtes tous avertis depuis votre plus jeune âge, dans une histoire, il doit se passer quelque chose, en permanence. Même quelque chose de plat.

Je lève la tête.
Mais je n'ai plus de tête, me rappelè-je. Comment vois-je ?

L'étoile explose soudain, mais je reste, les bras ballants.
Et j'admire. Je me prends le feu en pleine âme. Que c'est beau !
Et je retourne à l'eau, j'y plonge comme animé par un désir sans limite.
Et je souffre. Je m'en souviendrai toute mon irréalité. Indescriptiblement.

Ma conscience passe soudain, sans transition, à une plage froide, le visage collé contre le sable glacé, un feu s'éteignant à deux pouces de mes cheveux. Un coup d’œil à ma montre : minuit pile. Plein milieu de la nuit. Ce n'était pas un rêve, je le sais.
Ce ne pouvait être un rêve. Qu'était-ce ?
Son imagination me perdra.

jeudi 21 novembre 2013

Des vagabonds phosphorescents

Ils Étaient là, dans la pénombre, il faisait presque nuit à vrai dire. À chaque minute, le ciel perdait très distinctement un gros bout de clarté.
Mais, évidemment, ils s’en moquaient, puisqu'ils étaient là, et que leur cas allait tout régler. Hé oui ! Tout. Même les séismes, même les tornades, même la maladie, le chagrin, la mort. Même le bonheur.
Ils allaient régler leur compte à un bon nombre d’idées, de concepts, d’actions, de situations, d’émotions. Ils allaient régler son compte à l’Univers.

Ils Étaient là, dans la pénombre. Il suffisait d’un rien, une brise, un souffle, un quai, une lueur de plus.

Ils Étaient là, dans la pénombre.

Puis la nuit noire.
Le comble.
Rien de rien.

Tout était devenu noir, d’un coup. Le ciel avait fini de perdre des bouts de clarté.

Un vélo passa au loin, avec seulement la lumière de derrière allumée. Ils le haïrent, sans savoir pourquoi. Peut-être parce qu’il y eut un rien, une brise, un souffle, un quai, une lueur de plus. Ils le haïrent et il le comprit, mais évidemment, il était trop tard.

Les vagabonds phosphorescent attrapèrent le cycliste, le rouèrent de coups, se jetèrent sur sa peau, sur sa peur, sur ses os, sur ses mots, ses pensées, ses lueurs. Ils le rouèrent de coups et le laissèrent là.

Puis, ils réfléchirent.

Les vagabonds phosphorescents avaient aperçu une différence dans son sang. Dans le sang du cycliste. Il y avait comme un bruit dans ses globules, qui leur criait : « Debout ! Debout, mes globules ! ». Ce sang parlait. Ce sang était vivant.
Mais ils explosèrent.

Mais ils explosèrent, et irradièrent tout.

Tant pis pour le sang de l’enfant multicolore. Ils réglèrent leur compte aux séismes, aux tornades. Ils réglèrent son compte à la maladie, au chagrin, à la mort.
Ils réglèrent son compte au bonheur.

Ils réglèrent son compte à l’Univers. Au Tout, au Chacun, au Jamais, au Toujours, au Juré qu’on leur avait crachés.

Ils rendirent l’Univers phosphorescent.

Puis, les vagabonds s’en allèrent, un par un, molécule par molécule.


Ils avaient réglé son compte au Néant, en le laissant pour seule puissance dans la Lumière.

dimanche 29 septembre 2013

Puis-je replonger ainsi dans un rêve âcre ?

Comment se souvient-il qu’il l’a oubliée ?

Elle revient parfois.

Elle danse, seule, au milieu de ses rêves. Et le parfum ; le parfum qu’elle laisse, il s’en souvient. Çà ! Quel parfum ! Et sa façon de marcher dans son songe.

Et quarante-deux et cent et mille autres détails qui lui reviennent, comme ça, sans contrat. Une main, tenue sans contrat aussi. Entre eux, pas de mots sur ça, ils le savent, ils savent qu’ils … quel est le verbe, déjà ? Il l’a oublié, aussi. Ça devait commencer par un « a ». Appartenir, peut-être. Peut-être savaient-ils qu’ils s’appartenaient. Mais c’était beaucoup plus que... ça.

Ils Étaient, ils Vibraient, mais silencieusement. Il s’appuyait sur un de ces horribles poteaux de bois peints en jaune, plein des étreintes de plein d'hommes et plein de femmes ; et donc il s’appuyait et il continuait la longue liste des étreintes que ce vieux confident avait vues et senties. Et elle s’appuyait sur lui. Mais pas de contrat ! Pas de mots ! « Nous ne nous parlerons pas », pensait-il, « nous vibrerons naturellement ». Oh, ils ne l’ont pas fait souvent. Pas assez souvent pour qu’on ait pu les voir. Ça n’a pas duré longtemps. « A »… c’est quoi ce verbe, déjà ?

Je crois qu’il l’a vraiment oublié. Mais comment a-t-il pu ? Il le savait. Tant pis, il s’en souviendra une autre fois, là il est si plongé dans ses souvenirs âcres qu’il en est incapable.

Il voit flou, il titube, il veut tomber, il veut disparaître, il en a marre, trois ans de vie détruits en trois semaines !

Amitié ? Amour ? Appartenance ? Quel est ce mot ?

Il en veut à la Terre, à la Galaxie, aux supernovæ qui explosent à des milliards de parsecs de là et qu’il ne voit même pas ; il s’en veut ; il lui en veut, à elle, elle qui s’écarta, elle qui lui asséna des mois de colère de ses phalanges dans la joue ; joue qui retentit encore, avec ce sifflement tenace, ça retentit depuis une semaine déjà. Une semaine ? Euh… il l’a oublié aussi.

Quand on oublie, on oublie tout, normalement. On peut choisir de tout oublier. Mais pas qu’on a oublié. Et se souvenir qu’on a oublié, ça peut rendre… euh… bizarre.

Que se passait-il ? Que se passe-t-il ? Que raconté-je ? Il ne comprend plus rien, il veut tomber et disparaître aux yeux du monde, le blizzard lui assène encore ce satané sifflement qui souffle sur ses songes silencieux.

« Puis-je oublier que mon présent est mieux qu’il y a un an, puis-je oublier ça quelques minutes, juste pour le plaisir de replonger dans mes affreuses interrogations passées ? Puis-je ?


Puis-je replonger ainsi dans un rêve âcre ? »

Qui est-il ?

jeudi 29 août 2013

Un Phénix meurt noyé

Phénix ! Immortel !
Oiseau de feu !
Le plus pieux
Et le plus démentiel !

Oiseau de feu vêtu,
Oiseau comment fais-tu ?
On s'en fout, et pour ceux que ça choque,
Je rectifie : l'on s'en moque !
Car triche celui qui vit pour toujours !
L'oiseau de plumes chastes et de velours
Combat la Faucheuse, alias Roi des Ombres...
Et pense normal que jamais Phénix ne sombre !

Et s'il mourait noyé ?

Un Phénix meurt noyé ;
Dans la main de Neptune !
Cette étreinte glacée
Est pour lui infortune.

Un Phénix meurt noyé ;
Phénix, oiseau grotesque,
Ne revivras jamais ;
Tes plumes (vastes fresques),
Toi qui défia Nature,
Enfin vont redescendre :
Vite aux Enfers, impures !
Nature vient les fendre.

Un Phénix meurt noyé
Mais en est inconscient.
Inconscient du danger,
Il n'est plus omniscient.
Il ne fut préparé
À rien de terrifiant,
Rien qui eût cet aspect :
Il croit qu'il est vivant !
Mais a déjà sombré.

dimanche 7 juillet 2013

Poursuite.

Le ciel était dégagé, clair, pur, mais la chaleur pesante. Les murs des bâtiments alentour, sales, usés par le temps, usés par la pluie, usés par les gens, étaient d'une couleur reflétant leur âge, ils étaient d'un jaune pourri, d'un jaune constellé de traces noires et lourdes à regarder, et lourdes de vécu, et lourdes de passé.

Dans la rue, pareillement délavée, cassée, frottée par les années, j'entendais des pas, qui résonnaient, tintaient gravement sur le bitume.

La ville était plongée dans une léthargie somnolente, un oubli passager du temps ; tout semblait oublié par les secondes.

Les pas se rapprochaient rapidement mais doucement, si bien qu'on eût dit que les passants, pourtant seuls, voulaient ne pas être repérés. Puis ils me virent. Ils n'étaient plus seuls. Ils m'avaient trouvé.

Ils m'avaient trouvé.
Il me regardaient avec de la haine, cette haine profonde qui rivalisait de laideur avec les murs des bâtiments.
Et, soudain, paniqué, mes pas aussi se mirent à résonner sur le sol dur. La chaleur était physiquement et mentalement poisseuse, mais j'avançai.

Ils m'en voulaient.
La première fois, ils n'étaient que deux. Là, ils étaient trois. Ils ne m'avaient pas eu, et ils avaient donc augmenté leur effectif.
Là, j'eus peur de ne pas m'en sortir. Mais un petit espoir m'animait, m'allumait, me stimulait encore ; l'espoir qu'on a quand même lorsqu'on pense que tout est fini.

Je m'engouffrai subitement dans un bâtiment. Les murs étaient couverts de graffitis, usés eux aussi, et le couloir que j'empruntai était jonché de déchets puants. Mais je ne tint compte ni des dessins immondes sur les murs immondes, ni des odeurs immondes sur le sol immonde. J'avais peur, j'avançais.

Et j'arrivai au bout du couloir, et je débarquai dans la rue d'à côté. Ma traversée du couloir avait semblé durer des dizaines de minutes. Le soleil m'éblouit ; je me couvris les yeux, avant de me rappeler mes poursuivants anonymes et sans raison.
Je courus de plus belle, encore et encore, jusqu'à perdre haleine. Puis je bifurquai à droite.

Je croyais ne plus pouvoir courir, les poumons vides, la gorge sèche, le visage piqué par la poussière omniprésente qui salissait les rues,
quand,
enfin,
je la trouvai.
L'entrée.
L'entrée du parc. Un parc qui contrastait assez violemment avec les rues sèches, avec l'atmosphère tendue qui régnait dans la ville ; un parc luxuriant, moderne, calme, frais.
Ma porte de sortie.
Je fonçai tête baissée jusqu'à cette salvatrice issue, et enfin, j'atteins le parc. Et la grenade m'atteint...
mais elle m'atteint trop tard.
Encore une fois, j'aurai survécu.

mercredi 27 mars 2013

Quelqu'un sur le quai

Je ne m'y connais pas bien en gares, mais je sais qu'un jour, dans une gare... mh, plutôt sur un quai... mh, laissez-moi tout raconter depuis le début. Et puis j'ai le temps.

Un train, un jour, à une heure très précise - comme toujours lorsqu'on prend le train, pour x raisons que nous ne connaîtrons jamais - s'arrêta sur un quai. Dans ce train, monta un homme habillé de noir jusqu'à la fin de ses habits. Il était assureur ; ironie ! car dans sa vie sentimentale, il n'assurait pas. Une femme monta. Il l'aima. Mais cette histoire dans l'histoire est sans importance.

Il était donc quatorze heures quarante-douze quand le conducteur actionna sa machine. Il aimait son métier ! Oh, qu'il l'aimait. Mais... mh, parfois, il regardait le ciel et se demandait s'il n'aurait pas préféré conduire son train dans les airs.

L'homme à la mallette noire s'en foutait, des rêves du conducteur. La femme s'en foutait, de l'assureur. Le chien de la femme s'en foutait, de la femme. Le conducteur s'en foutait, des trois.

Le conducteur était donc dans sa cabine, à réfléchir à la meilleure manière de propulser un train dans les airs. Et il vit le personnage lambda sur le quai. Ce personnage étant joueur, il salua le conducteur-rêveur. Celui-ci le regarda longuement. Il bloqua. Quelqu'un lui accordait enfin attention ! Il pourrait peut-être lui parler de son rêve de train céleste...

Le conducteur-rêveur ouvrit la porte de sa foutue cabine, pour aller à la rencontre de ce personnage bizarre qui le saluait. Il laissa son train continuer sa route sans lui. La femme, l'assureur et le chien mourraient peut-être un peu plus loin.

Il y avait quelqu'un sur le quai. Il y avait.