lundi 9 mars 2015

Tout ou rien

À l’heure où il faut faire un choix,
On zappe des milliers de textes,
De possibilités –
– Il faut en évincer.

Évincer la laideur, et parfois le superbe.
Faire d’un rien un tout, parfois d’un tout un rien.
Mais on ne savait pas ce que rien n’était rien,
Que ce tout était tout.

Ce rien nous rend alors le plus heureux des êtres,
Il a donc forcément quelque chose d’un tout.

Zappez, changez d’adresse, et changez-en encore ;
Brouillez les sources,
Nous reviendrons toujours vers ce tout-premier rien.
Rien n’aura plus que lui la saveur du bonheur.

À moins que ce rien-là perde sa belle aura.
Mais tu sauras la relever
Si tu en as envie.

Ce sera tout ou rien –
– Il faudra faire un choix.

samedi 7 février 2015

Lambeaux de verre

À l’aise dans son fauteuil, Smith tenait sa flûte à champagne comme on tient une épée, fièrement et redoutablement. Il battait tout le monde en ingestion de champagne. Il le buvait délicatement, mais sans faire un nombre incalculable de manières, et tout en gardant une dignité maîtrisée, virile et à la fois si raffinée. Cependant, l’évènement suivant le mit en incapacité de le boire ainsi, voire de le boire tout court. Fâcheux, mais réel.

Pour une raison inconnue, le ferry bascula. C’est alors que Smith, qui s’apprêtait à s’humecter les lèvres du nectar sacré – pour un être humain normalement constitué – qu’est le champagne, s’aperçut que sa flûte commençait à se fêler verticalement, comme si un objet au poids considérable – et à la lenteur exagérée, au vu du temps qu’elle mit à se briser en fins lambeaux de verre – l’eût frappée de front. Smith s’écria alors « Mais le verre n’a rien cogné, c’est absurde ! », avant d’amorcer un éclat de rire tout aussi distingué que sa chemise et sa cravate, toutes deux en soie fine. Son valet, pris d’un élan de sympathie, voulut le prévenir, et il aurait fallu qu’il le prévînt quelque peu plus tôt.

Un lambeau de verre humecté de champagne entra dans la digne bouche de Smith, lui raya violemment le palais, avant de ressortir de l’autre côté de son crâne. On vous épargnera le fabuleux voyage à travers la glande pinéale, et l’arrachement d’un bout de cervelle ainsi que son atterrissage poignant dans une plante verte[1].


jeudi 29 janvier 2015

Rose sinueux

Vu sur : http://inferrance.tumblr.com
Du rose s'insinue bien sinueusement
Au gré de la forêt qui l'accueille aisément
Les pins et les sapins - ou sont-ce des bruyères ? -
Aiment cette couleur qui embrasse leur vert.

samedi 20 septembre 2014

Le monstre serein

http://dmt-guru.tumblr.com/post/78016488131

C’est un monstre serein
Il sait qu’il ira loin
Car tout ce qu’il contient
Çà, pour sûr, il le tient !
Mais c’est aussi un dieu
Qui prend ça pour un jeu
Ou un enfant qui ne
Sera jamais sérieux.
Il est imprévisible,
Bizarre et chaotique,
Et, mieux, bien qu’invisible,
Son emprise tactique
Nous touche, nous agrippe
Il n’hésiterait point
À jeter dans nos tripes
À planter dans nos mains
Son harpon de lumière
Apte à éclater l’air

mercredi 27 août 2014

Un détail

— Un détail ! — Quel détail ! — Quel détail ?

Une phrase, un soupir, un mot doux susurré via de durs satellites, qui se fichent pas mal des sentiments qu'en rêve on aime à voir, qui vous fichent la paix et vous demandent alors de bien y réfléchir... car un jour, vous serez un adulte, et le dur satellite vous fichera mieux et se fichera mieux des sentiments rêvés... et vous voudrez alors, comme à l'adolescence, qu'ils soient vérités... trop plonger dans des films, c'est bon pour le moral et ça caresse l'âme, mais certains font mieux : y'a les livres, déjà, et les sacrés baisers qui signent tout un tas de trucs jamais osés.

Et le dur satellite, bien là-haut, vous fiche un de ces regards froids, mais votre cœur est chaud, réchauffé d'un détail...

— Quel détail ? — Quel détail !
Une phrase, un soupir... un mot doux susurré via un dur satellite...

Et ce détail soudain n'en est plus vraiment un... il prend pour lui un sens que d'autres choses avaient, et d'un coup c'est pour nous une réalité.

On sourit, satisfaits, on regarde le ciel et les durs satellites... Un détail ! Quel détail !

jeudi 21 août 2014

Le ciel m'a promis

Le ciel m'a promis Oui je le prétends De cacher, çà oui Ce qui m'est gênant. Danses dans l'été Jeux qu'on dit d'amour Le ciel a juré Vous y serez sourds À moins que je n'ose Tel un insolent Face à notre chose Être honnête et franc Mais pour le moment Le ciel a juré De ces deux amants De ne rien souffler

dimanche 20 juillet 2014

Lierre

Comme tout lierre
Qui se met à aimer
D'amour la pierre
Qu'au début il squattait

Plonger racine
Enterrer mon orgueil
Ère câline
Aimera son écueil

La feuille au ciel
Tendrait son aire aimante
Et éternel
Sera le moment : tente,

C'est l'appel sage
De ce cœur qui s'emballe
C'est une page
Que tu ne veux pas sale

Tu écriras
Autant que tu pourras
Un bout de toi
Qui jamais non, n'aima

N'aima ainsi
Ainsi que tu le fais
Tu le sais si
Bien que tu veux cacher...

De la pluie tombe
Je n'en dirai pas plus
Si tu succombes
Ce sera un bonus

mercredi 28 mai 2014

Je sais que j'âme, ou que j'âmais.


Je t’âme. Ça veut rien dire pour toi, hein ? Je t’âme. Ça veut tout dire pour moi.

Je t’âme. J’pourrais dire autre chose mais je suis pas très fort pour me convaincre que l’amour c’est dire « je t’aime » sans réfléchir. Alors je dis « je t’âme ».

Je t’âme. Avec les yeux, avec les bras, avec les fuites, avec les lands.
Je t’âme. M’âmes-tu, toi ?

Je t’âme donc. Pleinement, physiquement, mortellement, infiniment.

Âme je t’. Je âme t’. T’ je âme. Je dis des conneries quand j’âme, tiens. À noter.
Ma poésie est déraisonnée, désordonnée.

Je t’âme. Ça veut rien dire pour toi, hein ?
Je t’âme. Ça veut tout dire pour moi.

Je t’âme. J’pourrais dire autre chose mais je suis pas très fort pour me convaincre que l’amour c’est dire « je t’aime » sans réfléchir. Alors je dis « je t’âme ».

Je t’âme. Avec les yeux, avec les bras, avec les fuites, avec les lands.


Je dis « je t’âme ».
Parce que ça a un p’tit accent sympa, un p’tit accent charmant, un chapeau rigolo sur le dessus. Parce que ça montre qu’en amour c’est pas tout l’temps la joie, y’a des hauts et des bas mais que les hauts sont très jolis et à marquer d’un p’tit chapeau sympa.


Je dis « je t’âme », enfin, comme on chante un refrain, à tue-tête ; sachez, petites amoureuses, que je m’y suis plu, oh, peut-être pas vous, petites amoureuses, peut-être fus-je un peu trop fou à votre goût, peut-être trop humain, ou pas assez peut-être ; je ne suis pas assez objectif pour assez bien me définir. Mais je sais que je t’âme, toi, dis, dis pourquoi on ne le ferait pas ; on le fit bien, un jour. Et toi, l'eau, dis, dis que tu nous vis passer à vélo à tes côtés, et qu’on se tenait la main elle et moi. Dis-le un peu pour voir. Voir ce que ça me fait. Oh, j’oubliais, on ne peut pas le voir : c’est censé n’être jamais arrivé. Sûrement me fourvoie-je. Mais je sais que j’âme, ou que j’âmais.



Quelque part début 2013, peut-être en mars.

Modifié le 12 octobre 2013 (ajout de l’avant-dernier mini-paragraphe).
Modifié à nouveau le 22 mai 2014, ajout du dernier mini-paragraphe. Paragraphe où j’en dis peut-être un peu trop sur mes sentiments, mais puisqu’ils sont passés, pourquoi m’en inquiéter ?

(Je ne suis pas forcément d'accord sur certaines tournures de 2013, mais j'ai décidé de les laisser telles quelles. Je vous demanderai juste d'être indulgents avec mon "moi passé", il est so 2013.)